Vertu

Cela faisait des heures que je marchais, ou du moins c’est l’impression que j’avais. Le soleil me rappelait bizarrement l’esclavage, je me sentais comme un esclave dont le soleil était le commandeur et me fouetait sans merci. Je n’en pouvais plus, j’avais faim, j’avais soif et je n’avais pas un sou. Mon ami était censé me donner une roue libre mais il a pris une panne sur la route de canapé vert. Je ne pouvais attendre car j’avais un rendez vous important.

J’avais pourtant fait de mon mieux pour lui paraître sous mon meilleur jour. Mais hélas, il est difficile d’être digne quand on a faim, soif et pas le sou. Mon père aurait eu le coeur brisé s’il savait que je n’avais rien mangé depuis hier et que j’étais a Juvenat et que j’essayais de me rendre à un hôtel de Petionville a pied. Si seulement il n’était pas midi, j’aurais un peu moins chaud, un peu moins soif.

Je porte ma plus belle chemise que j’ai pris en rendant visite à un ami, il venait de l’acheter pour 30 dollars US, somme qui aurait pu me nourrir pendant plusieurs jours mais c’est pas une somme qui m’était facilement accessible. La chemise était trop petite pour mon ami et il me l’a offerte, je me suis empressé de l’accepter. Et voilà que la chemise était trempée de sueurs. Le pantalon est le plus beau que j’avais et on ne pouvait même plus distinguer sa couleur sous les couches de poussière que je prenais sur le chemin.

Je m’arrête un instant pour reprendre mon souffle, il est presque 12hr30, j’ai rendez vous à 1hr donc je dois me dépêcher. Je n’ai plus les idées en place, mon esprit vagabonde de sujet en sujet. Je me mets à penser à mon arrivé à Port-au-Prince 5 ans de cela, rempli de rêve et d’illusion que la vie a vite fait de balayer. Je pense à la chambrette ou j’habite aux environs du canapé vert, tout juste assez grand pour le petit lit que je me suis acheté après 2 ans d’économie. Je pense à mon petit frère qui dans quelques mois me rejoindra a Port-au-Prince pour ses études. Je ne lui ai jamais demandé de venir me voir, je ne pourrais supporter la pitié dans leur yeux.

Je pense aussi à un de mes anciens camarades de classe pas nécessairement plus brillant que moi mais à qui les parents tant bien que mal paient une université privée. Il n’est peut-être pas celui avec le plus d’argent de la promotion, ni celui qui a eu les plus bonnes opportunités mais il est celui qui fait le plus envie sur les réseaux sociaux, il s’est rapidement fait une vie sociale à Port-au-Prince. Il se fait photographier a des soirées, il traîne avec pleins de gens que je rêve de rencontrer. Mais j’essaie de ne pas trop y penser, on n’est pas tous né avec la même chance.

J’arrive enfin à Petionville, j’aimerais beaucoup avoir eu les moyens de me payer une moto. Je ne pense pas que je sois assez présentable pour rencontrer monsieur Grégoire mais ai-je le choix? Je suis bénévole à la plupart des activités culturels qui se font dans la ville. Monsieur Grégoire est le plus souvent un des sponsors de ses activités, il s’est toujours montré intéressé par moi. Il m’a plusieurs fois emmené manger à des restaurants plutôt chic après des activités où j’avais l’air d’avoir trop faim. Au début, je refusais mais parfois quand il ne m’invitait pas, jetais déçu.

Je suis devant l’hôtel, je rentre, les employés me regardent un peu bizarrement. Je m’assied et j’écris à monsieur Grégoire. Il vient me trouver pour me demander si ça va, je lui dis oui. Il me dit qu’il en est pas si sûr. Il m’invite au restaurant de l’hôtel. Il me regarde avec cet air qui m’a toujours dérangé, il a le même regard que le chat qui guette la souris et quand je baisse les yeux gênés il sourit de ce sourire carnassier qui m’a toujours dérangé.

– Ton appel m’a surpris Michel, je m’attendais pas à ce que tu me demandes de te trouver un job.
– Je pense que vous êtes quelqu’un de généreux et je n’ai personne d’autres vers qui me tourné.

Silence. Je n’ai jamais été aussi gêné de toute ma vie. Il y’a mon cœur qui bat comme s’il allait s’arrêter

– Si ce n’est pas suffisant, tu peux commander à nouveau.
– Non, ça ira. Merci beaucoup.

J’ai pourtant essayé de me retenir mais je viens de me rendre compte que je mangeais trop vite, tellement vite que je sens un début de migraine.

– J’ai renvoyé mon secrétaire personnel ce matin, je pense t’engager à sa place. Ça te dit?

– Euh, oui. Ce sera un véritable honneur pour moi, monsieur Grégoire.

– Tu sais que l’on a que 15 ans de différence? Mais bon, je vais te décrire ton Job. Tu sais que j’ai une chambre ici où je passe la plupart de mon temps quand je suis en Haïti?

– Oui, ça je l’ai deviné tout seul.

– Bien, tu enverrais mes mails, tu t’occuperas de mes affaires personnels et tu auras a dormir dans ma chambre parfois. Des demain soir tu m’accompagneras à toutes mes sorties officielles et officieuses. Tu auras 500 dollars US par moi et parfois des primes quand il y a des activités importantes que tu dois organiser. Tout est clair?

– Oui.

– Pas de question donc très bien. Que dirais tu d’aller prendre un bain dans ma chambre ensuite je t’emmène acheté quelques vêtements. Mon secrétaire personnel ne pourra pas s’habiller n’importe comment.

Sur ce il se déplace et je le suis, mon cœur bat comme jamais, j’ai peur et je ne sais pas trop de quoi. Dans l’ascenseur je me pose des tonnes de questions sur ce que va vraiment impliquer ce travail.

– Tu rentres ou tu ne rentres pas?

Je suis devant la chambre, il me regarde avec des yeux de prédateurs comme dans les dessins animés, je tremble comme la première fois où j’ai été pris entre la police et une manifestation. Je réfléchis rapidement et tout ce que à quoi je suis passé depuis mon arrivé à Port au Prince et à mon petit frère qui vient dans quelques mois, a ce parcours a pied de Canapevert a Petionville tremper de sueur et de poussière. Je prends mon courage à deux mains et je rentre dans la chambre…

2 commentaires sur “Vertu

  1. Curiosité, premier mot qui vient à l’idée. Si les références manquaient d’originalité et de subtilité. Le début nous laisse un peu perplexe et les différents conjonctures sont très décousus les une des autres (un peu brouillon). Mais très vite on se laisse emporter pars la promesse d’une lecture fors savoureuse et éloquente. Traitant de situation actuelle, l’histoire est très parlante et se lis facilement. Si on ce perd au début, la situation se place très vite.
    Dans l’espoir d’une suite qui nous apportera bien des surprises. Merci déjà 😉

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