Conte de fée

Et ils vécurent heureux. Je ne voyais pas pourquoi je pensais à cette phrase. Une phrase que je trouvais stupide. Qu’est-ce que le bonheur? Quand est-ce qu’on est heureux pour toujours? Quand on a l’amour ou l’argent? On dit que certaines personnes arrivent à concilier les deux mais personnellement, je n’ai jamais rencontré personne qui ait réussi ce tour de force.

La vie ne m’a jamais été facile, ça fait longtemps que je fais en sorte de ne plus dormir en ayant faim, de dormir en me demandant si demain je pourrai manger à ma faim. Je me souviens pas de mon père a ce qu’il paraît je lui ressemble beaucoup. Ma mère parle de lui comme du coureur de jupons le plus abjecte que la terre n’ait jamais connu mais ma grand mère me dit qu’il était un grand homme et que je lui ressemble.

Je me souviens que j’ai toujours vécu avec grand-mère, mais pendant 2 ou 3 ans, il paraît que j’étais avec ma mère qui ne se souciait pas de moi. Ma grand-mère me dit qu’elle me laissait chez des voisines pour aller s’occuper d’activités pas très honnêtes que je n’ai pas besoin de citer. On me dit que mon père a une bonne dizaine d’enfants mais ma grand-mère a toujours nié cette information, ma mère me dit que dans un premier temps j’étais moi aussi rejetée par ma grand-mère mais que la ressemblance était tellement frappante qu’on m’arracha à elle. Elle dit arracher mais après avoir rejoins ma grand mère, je la revis à 16 ans et c’est moi qui ai cherché à la voir. Elle n’avait pas l’air très contente de me voir et encore aujourd’hui je ne la vois que quand elle a besoin d’argent.

Mon père n’était jamais là et jusqu’à sa mort dans un accident de la route c’est lui qui faisait parvenir de l’argent à ma grand-mère et à moi. A l’époque on avait dit à ma grand-mère qu’elle allait avoir beaucoup d’argent parce que ce genre d’incident en général aux USA rapporte, on a jamais vu le moindre centimes. Et depuis sa mort, on vivait pratiquement des transferts que les amis et familles nous faisaient qui arrivait trop souvent en retard. Ma grand-mère a été obligée de s’improviser couturière et je dois avouer qu’elle n’était pas très douée.

J’allais cherché la toile chez un distributeur pour elle en ville, un ami de longue date qui venait parfois la voir les dimanches et c’est ainsi que je me suis fait violer à 12 ans. Je ne vois toujours pas ce qui a pu l’inciter à me faire une chose pareille, je me dis que peut être sans cet incident survenu 15 ans plus tôt ma vie aurait pu prendre une toute autre tournure. En tout cas, il me donna de l’argent ce jour là, plus d’argent que je n’avais jamais eu. Il me dit que si j’en voulais plus je ne devrais rien dire à ma grand-mère. C’est ainsi qu’à 12 ans je suis devenu à la fois sa maîtresse et un maître chanteur.

Je me souviens de mes 15 ans, j’avais fait une grande fête à la maison. Ma grand-mère a une confiance aveugle en moi, du coup quand je lui ai dit que c’était mes amies qui avait cotisé pour la fête, elle ne s’est pas posée plus de question. C’était le jour où mon défunt violeur m’avait dit qu’il était en train de faire faillite et que sa femme posait des questions. Je lui faisais faire de plus en plus de dépenses et j’avais eu le temps de mettre de côté une belle petite somme. Je lui promis de faire une scène et d’aller dire à sa femme que nous avions une liaison. Il commit l’erreur de me giffler et je fis le scandale promis.

Je n’ai pas regretté à un seul instant d’avoir menti à ma grand-mère, à l’avocat et au juge. Ce vieux fou a été assez stupide pour tomber amoureux, il en est mort. Sa famille a dépensé beaucoup d’argent pour lui éviter la prison et pour éviter que l’affaire s’ébruite. Je me suis mis en couple avec le juge après l’affaire. Et depuis ce jour, j’ai été l’une des filles les plus admirées de la ville, j’étais VIP à toutes les programmes ou autres festivités qui se faisait dans le pays. J’ai toujours pris soin de ma grand-mère et si elle se doute du mode vie que je mène, elle n’y a jamais fait allusion.

Je suis sorti avec sénateur, député, ministre, haut fonctionnaires de l’état, diaspora, des personnes influentes du secteur privé. Au début je me disais que une fois mes études terminées et que j’ai un bon travail, j’allais arrêté de mener cette vie là mais bien qu’étant a l’université, je réussissais rarement les sessions, je préférais aller montrer mes belles tenues dans les programmes qu’il y ait examen ou non. Je faisais la compétition aux autres filles que j’appelle mes amis et qui elles ont la chance d’avoir des parents qui leur fournissent de l’argent.

Je me dit aussi que je suis pas si mal, je peux voyager presque quand je veux et j’ai un voyage prévu en Europe dans 2 mois. J’ai une voiture et de solides économies. Cela fait deux ans que je sors avec quelqu’un qui même s’il a dans les 25 ans de plus que moi peut m’apporter ce qu’il me faut comme stabilité financière, stabilité sociale et étant un homme de couleur mes futures enfants commenceront leurs vies avec beaucoup plus d’avantages et de chances que moi. Je suis vraiment pas si mal que ça et j’aurais pu être très bien si l’amour n’était pas venu comme un camion me heurter.

Il était beau, il était noir, il était intelligent. Il était en cours avec moi et dans l’équipe de basket de l’université. On a commencé à se parler quand on a eu a faire un exposé ensemble, Jimmy était le premier homme que je rencontrais qui ne voulait pas me draguer. Je lui ai demandé son aide pour le cours, il me l’a donné de tout cœur. Il était un véritable énigme, je n’avais jamais rencontré un homme comme lui, et je fis la seule chose que je ne m’étais jamais autorisée à faire avant, je tombai amoureuse de lui. Lui qui ne pouvait rien m’offrir sur le plan économique. Je lui mentis beaucoup parce que je ne voulais pas qu’il découvre le genre de vie que je mène, il était un enfant quoique plus vieux et ce fut littéralement facile de lui mentir mais maintenant je me demande comment je pourrais jamais le regarder dans les yeux.

Je n’ai jamais autant souffert que le jour où j’ai été obligé de l’appeler pour lui dire que lui et moi c’est fini, que c’était un jeu et de ne plus jamais chercher à me revoir. Je sais que j’avais le choix mais je ne pouvais pas choisir l’incertitude. J’avais un rendez vous avec Jimmy quand Maxene vint me chercher sans m’avertir.

– Quelle agréable surprise! Je ne m’attendais pas à te voir.

– Habillée comme ça? Tu en es sûre?

– J’allais rejoindre les filles, tu voulais quelque chose?

– Sortir avec ma copine.

– Laisse moi appeler les filles pour leur dire.

– Non, c’est pas nécessaire. Tu te rachèteras. Monte dans la voiture.

Il ne cesse de parler pendant tour le trajet et après 2 ans de relation, je savais que si j’utilisais mon téléphone, j’allais le mettre en colère. Nous avons tout de même passer un excellent moment une fois arrivée. Mon téléphone sonnait au début mais il m’obligea à le fermer. A la fin du dîner, il me dit que l’on allait en Europe dans 2 mois.

– Bébé, l’Europe. A quel occasion?

– Tu ne m’as pas l’air emballé a cet idée, je croyais pourtant que c’était ton rêve.

– Non, c’est juste que l’on avait pas planifié de voyage et 2 mois c’est dans pas longtemps.

– Qui est Jimmy?

J’avais eu le souffle coupé par la question, je ne laissais rien paraître et je lui dis calmement que c’était un de mes camarades a l’université. Il me montra une photo de Jimmy et moi qui étions en train de nous embrasser.

– Je me suis intéressé à ce garçon mais il a mal interprété mon intérêt et m’a embrassé.

– Et tu continues à le voir malgré tout.

– Tu as raison, je l’appelle pour le lui dire. Cette mascarade aurait dû s’arrêter Depuis longtemps.

-…

– Allo Jimmy, je veux que tu oublies mon numéro. Tout cela pour moi n’était qu’un jeu, je suis une femme prise et je suis désolée que tu m’aies prise au sérieux. Ta compagnie m’était distrayante mais tout jeu a une fin.

– Je suis rassuré et pour te récompenser a notre retour d’Europe, je t’epouserai. En 2 ans, tu as été exemplaire si on oublie cet incident. On choisira la bague en Europe.

J’étais sans mot et je me mis à pleurer. Il prit mes larmes pour des larmes de joies mais je savais au fond de moi que je pleurais la perte de Jimmy. Une fois devant chez moi, il m’acheva avec une dernière phrase.

– Le médecin m’a appelé. Il paraît que tu es enceinte, tu n’es donc pas malade. Dire qu’après 1 an d’essai on va enfin avoir un enfant. J’avais peur de mourir sans enfant mais maintenant je suis rassuré. Je passe te chercher demain matin pour aller voir le médecin.

J’étais abasourdie, je ne voulais surtout pas tomber enceinte. Surtout qu’il y avait des chances pour que l’enfant soit de Jimmy. Maxene avait la cinquantaine passée et voulait des enfants au plus vite mais si l’enfant n’est pas de lui c’est sur qu’il me détestera et je pourrais dire adieu à toutes mes avantages. Pourrais-je me refaire après lui? Il a le bras long et la rancune plutot tenace. En même temps, Jimmy est très noir et lui bien que métissé est plus près du blanc que du noir, donc il n’y a aucun moyen pour que l’enfant de Jimmy puisse passer pour le sien. Je n’ai coucher qu’une fois sans préservatif avec Jimmy alors que je le fais depuis 1 ans avec Maxene. C’est censé pencher la balance du côté de Maxene, non? Je venais de perdre Jimmy et je risque de perdre Maxene.

Il ne le montre peut-être pas mais je sais que Maxene est heureux. Il s’imagine déjà finir sa vie entouré de beaucoup d’enfants. Comme les contes de fées le disent si bien: « ét ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Je pense à Maxene, puis à Jimmy et je me répète: « Ils vécurent heureux ».

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